Retour sur Vampires & Bayous de Morgane Caussarieu

© Daniela Mellen from Pixabay

J’ai découvert Morgane Caussarieu lors d’un salon du livre à Paris en 2018. Alors que je déambulais au milieu des stands sans réel enthousiasme, mon regard a d’abord été attiré par sa dégaine hors du commun, ses tatouages, et puis une vibe de sympathie qui en émanait. Je me souviens avoir flashé sur la couverture et le résumé de Chéloïdes : chronique punk. J’avais un faible pour les histoires trash, et je trouvais MC marrante en discutant avec elle, alors je suis reparti avec son bouquin.

Je l’ai lu presque d’une traite, happée par l’histoire et totalement conquise par son style cash et limpide. Aussi accro que les toxicos que ses romans, j’ai eu besoin d’une autre dose, alors j’ai commandé Dans mes Veines : même kiff. J’en voulais encore, j’ai attaqié Rouge Toxic, puis Techno Freak. Quand j’apprécie quelque chose, cela tourne à l’obsession.

En lisant MC, je me suis rendu compte que j’étais tombée sur une autrice qui partageait le même goût que moi pour les Vampires, et les univers underground, un peu chelous et malsains – Et surtout la Louisiane. Jusque-là c’était quelque chose que je gardais pour moi presque honteusement, ne comprenant pas ce goût et ne le partageant avec personne. Dans l’engouement j’ai donc acheté (directement auprès d’MC via instagram) son essai « Vampires et bayous ».

Et puis j’ai oublié ce livre sur une étagère pendant plusieurs années.

C’était un essai, donc moins tentant à lire qu’un roman, et j’ai la mauvaise habitude d’acheter beaucoup plus de livres que je n’arrive à en lire. Je me retrouve forcément avec une pile de lectures fournie comme la moustache de Freddie Mercury.

Il se trouve que cette année, j’ai réalisé un de mes plus anciens désirs : faire un Road trip dans le sud des Etats Unis. Texas-Louisiane-Alabama-Mississipi. Juste avant de quitter mon appartement j’ai attrapé Vampires et Bayous sur l’étagère, un peu comme ça au hasard, j’avais peur de ne pas avoir assez de lecture pour trois semaines.

Mon avion a eu 6h de retard, j’ai donc fini par l’ouvrir dans la salle d’embarquement, et là, stupéfaction : je tombe sur sa dédicace « For Marie, welcome to New-Orleans, have a pint of blood in Bourbon street ! Hugs and fangs. Morgane » et un super dessin.

Trop. Cool.

La Nouvelle-Orléans est justement une des destinations de mon road trip, je prends cela comme un clin d’œil du destin, à travers le temps.

Voilà pour l’anecdote. Concernant Vampires et Bayous, le moins qu’on puisse dire, c’est que Morgane Caussarieu possède une érudition impressionnante sur le sujet du vampire, et plus généralement sur les œuvres littéraires et cinématographiques ayant pour thématique ou lieu le vieux sud des Etats-Unis. Pour celles et ceux qui sont fascinés par cette région des Etats-Unis ou par les histoires de vampires, cet essai est une mine d’or en termes de références de livres ou de films.

© scottscaggs de Pixabay

Le fil rouge de cet essai est une question : qu’est ce qui a conduit le vampire à s’implanter en Louisiane après avoir longuement existé en Europe de l’Est. Et plus généralement, comment a évolué le mythe du vampire a travers le temps et qu’est-ce que cela dit de la société ?

MC le montre au fil des chapitres, le vampire sert tour à tour d’alibi pour exprimer les désirs et sujets les plus licencieux en évitant la censure, de métaphore de nos fantasmes et peurs et plus profondes, ou encore de moyen de racheter ses fautes. Or le Sud des Etats-Unis – The Old South – est de par son histoire, profondément tourmenté et en proie à des conflits de valeurs qui en font un terreau fertile pour le vampire, sans compter l’environnement inquiétant et dangereux qui le caractérise.

A travers une véritable dissection des récits vampiriques, de la plus connue à la plus confidentielle, MC analyse les ressorts communs de ces œuvres, leurs originalités, et finalement leur portée symbolique et philosophique.

Au menu : La série Twilight, qui dévoie totalement le vampire, le vide de sa substance horrifique et le détourne en outil de propagande mormone ; Le Dracula de Bram Stoker, un vieux vampire dégueulasse et bestial dans son château en ruine des Carpathes qui n’a plus rien à voir avec les vampires modernes; Entretien avec un vampire, qui vient renouveler le genre et qui marque le début du Vampire en Louisiane (les chroniques d’Anne Rice étant à l’origine du goût d’MC pour les vampires, elle y accorde donc une place de choix dans son essai ; Âmes perdues de Poppy Z. Brite, qui, dans la lignée d’Anne Rice mettra en scène des vampires Louisianais en développant leur dimension marginale et underground (notamment par leur dimension queer, leur débauche sexuelle et leurs perversions) ; et enfin True Blood, que j’affectionne particulièrement, une série d’Allan Ball qui se place en anti-Twilight (qu’il caricature à souhait), et qui dénonce les inégalités vécues par la communauté LGBTQ+, les personnes racisées à travers l’histoire de l’intégration du vampire dans la société. Entre autres.

© Ben Mayr de Pixabay

Bien d’autres œuvres sont évoquées et analysées, de Faulkner à George R.R. Martin en passant par le film Massacre à la tronçonneuse. Je vous l’ai déjà dit, MC possède une érudition incroyable sur le sujet ; la liste des références évoquées en fin d’essai couvre d’ailleurs une bonne quinzaine de pages. Son argumentaire est également agrémenté de photos (hélas en noir et blanc) tirés des films et séries qu’elle évoque, ce qui rend la lecture dynamique et moins fastidieuse !

Lire Vampire & Bayous, c’est comme voyager en Louisiane, tant on en perçoit l’ambiance au fil des pages. On en apprend un maximum sur son histoire, sur son folklore, tout y est ! Mais surtout, c’est presque comme si on y était physiquement. On ressent pratiquement la chaleur humide de la Nouvelle-Orléans, cette chappe de plomb qui vous tombe sur les épaules, cette moiteur qui fait coller les vêtements à votre peau et tourner la tête à vous rendre fou. L’atmosphère inquiétante et malsaine des bayous, la sensation d’être observée et cernée par des prédateurs préhistoriques.

On ressent aussi l’ambiance de fête macabre qui habite la ville, le genre de fête qu’on fait comme si c’était la dernière, comme si on allait mourir demain. La pagaille qui en émerge à chaque coucher du soleil et qui s’éteint à l’aube. La Nouvelle-Orléans EST un vampire.

Comme lui elle est l’incarnation de la dualité Eros et Thanatos, ce conflit pulsionnel qui nous habite depuis la nuit des temps. Nichée au cœur de cet Etat fascinant qu’est la Louisiane. La capitale mondiale de la débauche et de la violence, où la nature – humaine ou environnementale – n’a jamais pu être domptée, où tout est encore un peu sauvage. Ce sentiment de danger imminent, c’est ce qui provoque le besoin irrépressible de profiter pleinement de la vie, d’exprimer qui l’on est comme un doigt d’honneur à la précarité de l’existence, et au carcan puritain. Entre la criminalité élevée, les ouragans à répétitions, les marais et les bêtes féroces qui le peuplent, le danger est permanent à la nouvelle Orléans ce qui explique certainement que le surnaturel y trouve une place de choix. Je ne l’ai pas encore mentionné, mais la Louisiane est une terre où le vaudou est très présent.

Que dire de plus, sinon que j’ai trouvé cet essai passionnant. J’ai fini de le lire seulement quelques semaines après être revenue en France, ce qui m’a donné la sensation de prolonger mon voyage, de rester encore un peu dans l’ambiance louche de la Big Easy (surnom de la Nouvelle-Orléans). Ecrire cette chronique aussi.

Je n’avais pas prévu de chroniquer des essais, plus fastidieux à lire que des romans, mais vu le contexte et le sujet, j’ai trouvé que c’était finalement incontournable. Cela me permet également d’introduire cette auteure dont je suis de près le travail et dont j’ai l’intention de parler encore sur ce blog ! En effet, que serait « Chroniques Underground » sans la queen du roman horrifique français ?




PS : Toi qui me lis, j’adorerais savoir ce que tu penses de mes chroniques. Je me lance à peine dans l’écriture et j’adorerais avoir des retours pour m’améliorer ! N’hésite pas à me laisser un commentaire ou à m’écrire sur instagram !

1 réflexion sur “Retour sur Vampires & Bayous de Morgane Caussarieu”

  1. GRANOZIO/MONDOLONI

    La description que tu fais de la louisiane ne me donne pas envie d’y aller tant elle me paraît hostile à travers tes mots bien choisis pour en parler je suis un peu « frileuse »
    Je ne connais rien au sujet des vampires mais j’ai bien envie de lire un de tes livres références
    Continue tes critiques j’adore même si parfois je comprends pas tout

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut